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Europe : requiem en trois temps.
A mieux y regarder, on pourrait croire que certaines leçons de l'Histoire de notre continent ne servent à rien. Petite synthèse sur les trois temps d'une valse viennoise.
Premier temps. L'Union Européenne, grand marché économique s'il en est, s'est trouvée face à un dilemme des plus cornéliens : comment réagir à l'entrée massive au sein du gouvernement autrichien (la moitié de ses membres) de néo-nazis suite à une alliance avec la droite « classique » ? L'Union est dans ses principes fondée sur le rejet total des idées qui engendrèrent la guerre.
Deuxième temps. Un boycott politique a alors été mis en place au sein des Institutions afin d'isoler le gouvernement autrichien de Schüssel, notamment grâce à l'intervention des Français et des Belges. On peut être fier de l'attitude de Martine Aubry qui a refusé de discuter avec de tels interlocuteurs… un courage politique toujours bien venu dans une Europe en crise de démocratie !
Troisième temps. Sur l'initiative de Romano Prodi, grand patron de la très libérale Commission européenne, et avec le soutien du Conseil des ministres européens, un « Comité des Sages » a été réuni pour faire un bilan sur ce peu banal gouvernement autrichien. Un tel boycott a le désagrément de paralyser des institutions européennes bureaucratisées…
Bas les masques : le rapport rendu à Jacques Chirac, actuel président de l'Union, préconise la levée des sanctions envers l'Autriche, puisque aucun « dérapage » quant aux principes fondamentaux de l'Union n'a été relevé… Ces « spécialistes » constatent pour autant le caractère « particulier » et trouble du parti de Jörg Haider. Mais tout le monde semble soulagé de ne pas avoir un tel fardeau politique à porter. Le manque de courage politique pour ne pas paralyser les institutions économiques est désormais criant. La paix sociale vacille et l'absence de démocratie dans nos Institutions communautaires permet à ses gestionnaires de fermer les yeux : tout comme en 1933, libéralisme oblige ! Il ne faudrait surtout pas ternir le magnifique bal de l'Union Européenne… Changement de cavalier ; saluez vos partenaires.
Et Pierre Moscovici d'applaudir à la levée des sanctions ! Car la position des socialistes français est équivoque. Infréquentables il y a sept mois, les nazis autrichiens du FPÖ et autres collabos de l'ÖVP semblent aujourd'hui totalement acceptables. Si sans étonnement Jacques Chirac a levé les sanctions, la position du gouvernement, des socialistes et de toute la gauche plurielle reste ambiguë. C'est « regrettable ». Fausse note ! Cette attitude de résignation va peser lourd dans la banalisation des partis fascistes dans toute l'Europe. Et la très probable arrivée au pouvoir en Italie de Berlusconi avec l'aide des fascistes italiens (séparatistes lombards de Bossi et néo-fascistes de Fini) nous laisse un goût amer. L'alliance « bleue-noire » entre la droite libérale de l'homme d'affaire italien et les resucées fascisantes montre combien l'extrême droite et le nationalisme sont encore vivaces dans toute l'Europe.
Au final c'est la chute ! Il ne reste plus à la démocratie qu'à tirer sa révérence, car la fête est d'ores et déjà terminée… Quant à Prodi, il n'aura jamais à rendre compte de sa lâcheté devant les citoyens européens.
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